Saint-Paulien au XVIIIe siècle

Le vicomte de Polignac est le seigneur de Saint-Paulien depuis la période carolingienne.

Au début du 18e siècle, à la fin du règne de Louis XIV, le très haut et très puissant seigneur Scipion Sidoine Apollinaire, Gaspard, Armand, Vicomte de Polignac, lieutenant général des armées du Roy, devait sans doute connaître quelques ennuis d’argent car il avait tout bonnement vendu pour la somme de 33 000 livres ses droits seigneuriaux sur Saint-Paulien à Monsieur Georges de Chabron, seigneur de Chabron et de Soleilhac, pensionnaire du Roy, habitant à Saint-Paulien.
Voilà une affaire bien curieuse qui avait dû provoquer en son temps pas mal de remous dans notre bonne ville. En effet le plus gros contribuable de Saint-Paulien, Georges de Chabron, devenait le seigneur des lieux et était de ce fait exonéré d’impôts. La taille dont le montant global ne changeait pas se trouvait répartie entre les habitants de Saint-Paulien, Chabron excepté. L’augmentation d’impôts qui en était résultée pour chacun avait dû être colossale.
Or, fait sans doute assez rare, le 25 février 1737, le seigneur vicomte obtient de Chabron la rescision, c’est-à-dire l’annulation, pour cause de lésion, de la vente de sa seigneurie de Saint-Paulien. Le fils aîné de Scipion, Louis-Héracle-Melchior, marquis de Polignac, récupère la terre de Saint-Paulien et avec lui ses descendants mâles par ordre de naissance contre le versement d’une somme de 24 000 livres à Chabron (sic).
Avec cette rescision, Chabron allait contribuer de nouveau à la charge commune. Il obtenait cependant de son seigneur, en compensation, le droit de chasse et de pêche sur l’étendue de la terre de Saint-Paulien et aussi le pouvoir de construire des tours et girouettes dans les maisons qui lui appartenaient. C’est certainement de cette époque que date la tour qui fut construite sur son hôtel particulier situé sur la place de l’église de Saint-Paulien (l’actuelle maison Philippon).

 Un arpentement général de Saint-Paulien est réalisé entre 1740 et 1745. C’est un document majeur pour la connaissance de notre ville au milieu du XVIIIe. Malheureusement, le tome 1 ne se trouve pas aux archives départementales et nous n’avons accès qu’au tome 2 (ADHL 1 C 2697) qui concerne les villages (Anviac, Anazac, Le Monet, Marcilhac, Orcenac, Soddes, Cougeac, Vialette et Chasseleuil). Dans les dernières pages de ce tome 2 figurent les privilégiés de Saint-Paulien, exemptés de la taille avec leur cote respective qui donne une idée de leur richesse foncière.
En 1745 les exempts de taille sont : le seigneur vicomte de Polignac (445 livres), les chanoines de Saint-Paulien (200 £) , la cure de Saint-Paulien que tient Dumoulin, curé (10 £), la Vicairie de l’arbre que tient Monseigneur de Lormet, chanoine de la cathédrale (8 £ 10 sols), la cure de Saint-Paulien hors les murs que tient Ramousse, curé (10 £ 15 sols), la cure de Notre Dame du Haut Solier que tient Malosse, curé (6 £ 7 sols) et l’hôpital de Saint-Paulien (25 £ 12 sols). La ville de Saint-Paulien est alors pourvue de trois paroisses et de trois églises : Saint-Georges, l’église actuelle qui abritait également un chapitre d’une douzaine de chanoines, Saint-Paulien hors les murs dont l’église a été vendue à la révolution et qui se trouvait sur la partie la plus ancienne de l’actuel cimetière et l’église N-D du Haut-Solier, toujours debout bien qu’une partie ait été détruite par un incendie, c’est l’actuelle maison Ouillon-Boyer sise à côté de l’actuelle maison de retraite reconstruite en 1983 sur l’emplacement de l’ancien hôpital.
En 1754, les chanoines de la collégiale Saint-Georges souhaitent supprimer la paroisse du Haut-Solier. L’office paroissial n’y est jamais fait comme grande messe, prônes et vêpres et de plus l’église n’a pas de cimetière. Ils souhaitent donc transférer le service divin de ladite paroisse à la grande paroisse de Saint-Georges. Derrière les arguments religieux se cachent bien sûr des raisons économiques. Messires Noël Drossanges, Louis Béraud, Jean-Pierre Rousset et Jacques Alexis Colomb ne disposent pas de revenus suffisants pour leur entretien, ils doivent aller les chercher ailleurs ; on dirait aujourd’hui qu’ils doivent faire des vacations dans les châteaux voisins et du coup, ils deviennent inutiles pour le service de Saint-Georges. En un mot, la suppression de la paroisse N-D du Haut Solier arrangerait bien leurs épinards.
Pour débattre de la question, une réunion va avoir lieu le mardi 11 juin 1754 à 10 heures dans la maison de Monseigneur de Chabron de La Tour, écuyer, située sur la place de Saint-Paulien. Les participants à cette réunion seront assignés à leur domicile par Jean Olivier, sergent, immatriculé en la prévôté royale de Langeac, résidant au faubourg de Saint-Paulien.
Ont été convoqués, outre les prêtres déjà cités, George de Chabron, ancien capitaine d’infanterie, Reymond Aubert, juge de Chomelix, Pierre Dominique Galien d’Adiac et Pierre Damien Galien d’Adiac, tous bourgeois habitants Saint-Paulien et cinq paroissiens de N-D du Haut Solier, Jean Boudon dit de la Catherine, Pierre Bonydal dit Reynaud, Etienne Pralong, boulanger banaliste, (mon aïeul), Jean Eyraud, maître tisserand et Thomas Berbigier, manœuvrier. (ADHL G 644)
On ne sait pas ce qui s’est passé au cours de cette réunion mais il semble bien que la demande des chanoines n’ait pas abouti puisque la paroisse N-D du Haut Solier existe toujours à la veille de la révolution.

 Au milieu du XVIIIe siècle, il y avait trois notaires à Saint-Paulien : Charbonnière, Anglade et Lacombe. Chacun possédait dans le bourg maison, jardin et colombier.

 Il y avait aussi deux moulins banaux. Dès le Moyen-Age, les seigneurs avaient proclamé que leurs vassaux étaient obligés de venir moudre leur grain chez eux dans les moulins banaux. Ce droit de banalité était pour le seigneur une source de revenu mais surtout de pouvoir. Un arrondissement de banalité existait à Saint-Paulien. Les habitants avaient l’obligation de moudre leur grain dans le moulin banal du seigneur. L’un de ces moulins banaux était situé à Bourbouilloux, l’autre, de loin le plus important, était situé à Ceyssaguet sur la Borne. (Il deviendra usine électrique vers 1910). C’était Jean Bonnefoux de Bourbouilloux qui tenait ces moulins en locaterie perpétuelle du seigneur de Polignac.

 J’ai trouvé dans les minutes de 1787 du notaire Charbonnière une affaire qui illustre bien la vie des meuniers et leurs ennuis à la veille de la révolution.
Le meunier Jean Parrain du moulin de Teyssier de Lissac venait régulièrement quêter du grain dans le bourg de Saint-Paulien, grain qu’il transformait en farine en son moulin. Mais un beau jour de 1787, Jean Bonnefoux de Bourbouilloux qui tenait les moulins banaux de la terre et baronnie de Saint-Paulien fit arrêter le nommé Jean Parrain qui s’apprêtait à livrer sa farine à Saint-Paulien. Les deux juments furent saisies et les sacs de farine qu’elles portaient confisqués. L’affaire se termina devant notaire – un mauvais arrangement valant déjà mieux qu’un bon procès – les deux juments furent rendues à Parrain qui promit de ne plus jamais revenir quêter du grain à Saint-Paulien et qui s’engagea à verser la somme de 72 livres à Bonnefoux. Le droit de banalité sera supprimé 6 ans plus tard, le 17 juillet 1793 par la Convention.

 Au XVIIIe siècle, le cimetière de la paroisse Saint-Georges se trouve sur la place de l’église sous les fenêtres de l’hôtel de Chabron. On y enterre les défunts de Saint-Georges, du Haut-Solier et de Blanzac qui n’a pas de paroisse et qui dépend de Saint-Georges. Les remparts sont toujours debout et la route de Craponne au Puy traverse les bourg de Saint-Paulien et de Saint-Geneys. Les portes d’entrée des deux villages sont étroites et constituent des obstacles à la circulation des chars. Au cours de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, plusieurs projets de déviation vont voir le jour. L’un d’eux prévoit que le nouveau chemin coupe la prairie du vicomte de Polignac, donc évite Saint-Paulien et passe par Uveyres, à l’ouest de Peyramont et donc délaisse aussi Saint-Geneys. Les habitants de Saint-Paulien et de Saint-Geneys combattent cette direction et adressent une pétition à l’Intendant de la province d’Auvergne pour s’opposer à ce projet qui évite Saint-Geneys et Saint-Paulien, « les deux seuls endroits où les voyageurs trouvent des auberges ». (ADHL 1 C 2817).
Finalement, un plan d’alignement de la traverse de Saint-Paulien sera dressé en 1789. Les portes de ville seront démolies, les façades des maisons frappées d’alignement et la route de Craponne pourra continuer à traverser le bourg. Par contre la déviation affectera Saint-Geneys, le nouveau chemin passant désormais à l’est du village.

 A la veille de la révolution, un document (ADHL 1C 2698) nous renseigne sur les impositions des habitants de Saint-Paulien. C’est une mise à jour de l’arpentement de 1745 qui n’est pas datée mais, compte tenu de certaines indications, on peut penser qu’elle a été établie vers 1790.
’ai relevé les 3 cotes les plus élevées :
Chabron (de Soleilhac)          1753 Livres
Comte de la Rochelambert    1132 Livres
Jean Bonnefoux                     744 Livres
La cote du Duc de Polignac n’est que de 464 Livres. Celle de mon aïeule, Marianne Laurens Veuve de Jean Pralong , boulanger banaliste et petit propriétaire terrien au Marchedial, est de 47 livres.
A la veille de la révolution, les trois familles les plus riches de Saint-Paulien sont donc  : Chabron de Soleilhac (ou Solilhac), La Rochelambert et Bonnefoux de Bourbouilloux. Chabron et La Rochelambert possèdent chacun un hôtel particulier intra-muros, ce qui n’est pas le cas du seigneur des lieux, le vicomte de Polignac devenu duc en 1783.

 En avril 1794, les biens de Armand Jules François de Polignac, émigré, sont vendus. Ils se composaient de 162 cartonnées de prairies situées entre Saint-Paulien et le ruisseau de Bourbouilloux au lieudit « La Prade » soit environ 13,5 ha loués au notaire Charbonnière (qui habitait l’actuelle maison Amant) et qui les sous-louait, pour le compte du seigneur à des sous-fermiers. Les acheteurs sont surtout des bourgeois de Saint-Paulien, les Armand, notaire, Bonnefoux de Bourbouilloux, propriétaire et juge de paix, Garron, greffier.

 C’est la révolution, des changements radicaux vont intervenir dans notre pays, mais ceci est une autre histoire.

 Roger Maurin

 ADHL Archives Départementales de la Haute-Loire.

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