La Résistance au Puy et en Haute-Loire

Un regard critique sur « le boulevard Carnot occupé ».

Dans le numéro d’Histoire sociale n° 7, Jean-François Arnould nous invite à découvrir « Le boulevard Carnot occupé » entre le 12 novembre 1942 et le 19 août 1944. C’est très bien écrit et agréable à lire ; on ne s’en étonnera pas, l’auteur est agrégé de lettres.

J’avais 8 ans en 1944 et je me souviens assez bien de l’atmosphère de cette époque à Saint-Paulien, Saint-Paulien, un village assez calme, sans milicien avéré, sans résistant bien visible, avec juste quelques collabos. Il régnait un climat de méfiance générale, mais aussi de peur et de détestation du « boche ». Il arriva parfois que les troupes d’occupation dressent des barrages filtrants dans les rues, et j’en ai retenu trois mots souvent entendus : achtung – schnell – papier (prononcez « papir »). En cette année 44, j’ai souvent vu des maquisards dans le village armés de leur mitraillette. Ils étaient pour nous les jeunes enfants qui avions peur des Allemands, de véritables héros.
A aucun moment sur le boulevard Carnot de J.F. Arnould, je n’ai perçu ce climat de guerre que j’ai connu enfant, tout ce qui est décrit est assez gentillet, des bourgeois ponots « résistants »  téléphonent à des miliciens confirmés avec lesquels ils s’entraident. Ce qui m’a conduit à m’intéresser aux sources qu’a utilisées l’auteur et en premier lieu à l’article de Bernard Cabanes[1] paru dans la livraison de 2006 des « Cahiers de la Haute-Loire » – il y fait référence dans de très nombreuses pages. C’est la source principale de son article.

Lors de sa parution, cet écrit a soulevé des protestations d’anciens résistants. Nous y reviendrons mais dans un premier temps, je souhaiterais analyser rapidement l’article de Bernard Cabanes et formuler quelques remarques.
Internet nous apprend que : « Bernard Cabanes est un journaliste français, ancien rédacteur en chef du Parisien libéré, collaborateur à Monde & Vie et qui dirigea une émission à Radio Courtoisie ». [2] C’est un grand journaliste mais aussi un journaliste engagé et cet engagement apparaît en permanence dans son récit. Curieusement, Bernard Cabanes a attendu fin 2006 pour témoigner de son passé de résistant, il a attendu que la plupart des acteurs de l’époque aient disparu pour écrire une histoire dans laquelle il se met en scène à son avantage. Et le nom de Lucien Volle, bien vivant en 2006, est cité au moins seize fois et toujours positivement, de quoi, dans un premier temps, distraire l’attention de Lucien, sourcilleux gardien de la mémoire de la Résistance.
Je relève dans le texte de Cabanes, des assertions infondées, outrancières et injurieuses comme par exemple « Le maquis est l’école du crime et de l’assassinat ». Je pense même que l’auteur pourrait être poursuivi pour diffamation. Certes des exécutions sommaires ont eu lieu, notamment de miliciens, elles sont connues, elles ont même été répertoriées, mais il ne s’agit ni de crimes, ni d’assassinats, tout au plus d’une justice un peu trop expéditive en temps de guerre. Et je regrette que J.F Arnould reprenne cette déclaration à son compte dans son texte. Qu’on me permette juste de prendre un exemple. Le 16 mai 2006, Lucien Bastet et moi-même avons passé une journée à Saint-Paulien avec Camille Pradet et Théo Vial-Massat et nous ne nous sommes pas privés de les questionner. Concernant les exécutions, voici ce que nous a déclaré Théo : « Quand j’ai pris le commandement du Wodli, j’ai interdit toute exécution sommaire en mon absence, lors de mes départs en mission à Clermont ou Saint-Etienne. « Vous arrêtez des suspects, vous les interrogez, d’accord mais vous n’en abattez pas un seul en mon absence. »…  Je me rappelle cependant d’une affaire qui m’a fait une peine énorme. Il s’agissait d’un vieux papi d’une soixantaine d’années. On me l’amène. Il avait été arrêté, il voulait du mal à son gendre et il avait écrit une lettre annonçant que son gendre ravitaillait les maquis qui se trouvaient dans la région d’Allègre. Le facteur, voyant une lettre adressée à la Gestapo au Puy, détourne la lettre et nous la remet. On a arrêté le délateur et on l’a tué. Quand on y pense après, c’est affreux, mais lui, il n’aurait pas hésité, par sa connerie, à faire détruire tout un maquis. »[3]
Je relève encore une phrase terrible : « Dès 1941, les déçus du pétainisme se réfugiaient dans les mouvements de résistance. Aux yeux de mon père, ils demeuraient des naufrageurs au service d’ambitions personnelles ». J’ai accompagné le remarquable travail de Jean Bélingard publié cette année 2016 aux Editions du Roure[4] et je suis profondément révolté par cette phrase qui aurait pu tout aussi bien s’appliquer au Compagnon de la Libération Henri Chas. C’était plus confortable et beaucoup moins risqué de rester assis, les bras croisés, dans son bureau, en attendant que ça se passe.

Il nous est absolument impossible de vérifier les dires de Cabanes. Mais deux choses m’interpellent :
Cabanes nous dit qu’il est resté au maquis MZ[5] du 31 janvier1944 jusque fin août. Pendant tout ce temps il n’a sympathisé avec personne ! Gérard Bollon a relevé les noms de plus de 180 hommes présents en octobre 1943 dans ces 15 maquis MZ et il en a dressé la liste qu’il a publiée dans son ouvrage : « Aperçus sur la Résistance en Yssingelais »(1940-1945) ». Fin janvier 44, ils devaient être encore très nombreux présents dans ces maquis. Cabanes n’en connait-il aucun ? Tous les maquisards, sans exception, parlent de leurs amis, de leurs camarades avec lesquels ils partagent la rude existence de proscrit. Pas Cabanes. Ah c’est vrai, j’allais oublier Bonnissol, un camarade de lycée qui l’a accompagné au maquis, un Bonnissol dont on ignorera toujours le prénom mais qu’il cite au moins neuf fois dans son récit, un Bonnissol qui quittera le maquis MZ après seulement trois semaines de présence !
Un deuxième point : Cabanes exècre tous ses chefs : Pierre Fayol , André Kaufman, Roger Ruel, etc. ou les ignore : François Scheid qui succède à Jean Bonnissol « Soumy » en décembre 43. Ce sont, soit des officiers juifs, soit des instituteurs (communistes ?). Même avec Georges Archer, « Capitaine Antoine », auprès de qui il se sent en danger au réduit de Venteuges (page 314). Avec André Kaufman, il semble avoir un compte à régler, il procède toujours par allusion et sous-entendus, sans jamais aucun reproche précis. Il écrit page 313, « Kaufman, apparemment son identité véritable » alors qu’en fait sa véritable identité est Joseph Bass né le 22 mai 1908 en Biélorussie, parlant couramment l’allemand et le russe.[6] Un seul de tous ces officiers qu’il a connu très peu de temps a ses faveurs, le lieutenant Jean Gaudelette, né le 17 avril 1913 à Paris 17e, parachuté en juillet et tué à Saint-Geneys le 10 août et non le 9 comme il l’écrit. Encore une fois, son esprit partisan laisse entendre qu’il s’est sacrifié, « victime de l’inconséquence de supérieurs improvisés ». C’est faux. Nous avons cherché à comprendre ce qui s’était passé en consultant l’ouvrage de Pierre Fayol et en interrogeant des témoins à Saint-Geneys. Bernard Cabanes m’avait écrit en mars 2006, pour que je lui envoie le bulletin de la Société académique n° LXXXII dans lequel nous avons publié un article étudiant le repli allemand en août 44[7]. Je le lui ai envoyé et il ne pouvait donc ignorer les circonstances de la mort de Gaudelette dit « La Morlière », des circonstances qu’il déforme dans son texte. En fait, ce qu’on peut regretter, c’est que les cinq officiers du maquis du château de Vaux se soient montrés particulièrement impatients et imprudents et que cette conduite ait été fatale à l’un d’entre eux. Ce fut Gaudelette, cela aurait pu tout aussi bien être André Kaufman ou le capitaine Hulot (blessé) qui, comme Gaudelette, se sont enfuis dans la même direction.
Encore un comportement qui me surprend beaucoup venant de la part d’un « résistant », c’est la répulsion voire l’épouvante que Cabanes exprime à l’égard de ses camarades de combat, les Francs Tireurs et Partisans Français (F.T.P.F.). Le camp Wodli, le plus important maquis de la Haute-Loire, est certes d’obédience communiste même si, comme le souligne le colonel Gentgen, militaire de carrière,  adjoint du commandant Jean Marey : « Chez les F.T.P. la plus grande partie des jeunes ne se préoccupe pas d’idéologie. Ils sont là pour combattre et pour vivre avec leurs camarades dans un esprit de confraternité du meilleur aloi »[8]. Bernard Cabanes feint d’ignorer que M.U.R. et F.T.P.F. sont regroupés dans les Forces Françaises de l’Intérieur, les F.F.I., et qu’ils ont les mêmes chefs, régionaux ou départementaux. Juillet 44 est consacré à l’organisation des F.F.I. d’Auvergne. La région est divisée en 29 zones[9] et si Gévolde est bien le chef départemental, Jean Maurin, alias Cobra, commande la 7e zone autour de Brioude, Cohalion, alias Tailleur, la 8e autour de Monistrol-d’Allier, Théo Vial Massat, la 15e autour de La Chaise-Dieu et c’est à ce titre que Massat organisera les opérations lors du repli des colonnes allemandes en août 44.
Bernard Cabanes est un journaliste et il a pas mal écrit sur la Résistance notamment dans l’Almanach du Combattant et dans une revue des Amis de la gendarmerie. Je n’ai pas réussi à retrouver le numéro correspondant de l’Almanach. Par contre, le secrétariat de l’association des Amis de la gendarmerie a bien voulu me faire parvenir par mail une copie de l’article de Bernard Cabanes paru dans le n° 186 d’avril 1984 et intitulé « La bataille du Mont Mouchet », document qu’on trouvera en annexe. Dans cet article Bernard Cabanes nous livre une relation très personnelle de la Libération du Puy.
Voici donc la version de 1984, que je vais appeler : « Cabanes 1 » en raison de son antériorité.
Un chef-lieu libéré par ses gendarmes.
« Au Puy-en-Velay, chef-lieu du département de la Haute-Loire, l’initiative de la Libération, celle d’attaquer la caserne des troupes d’occupation, est venue de la gendarmerie.
La garnison allemande comptait encore 1 200 hommes le 18 août 1944 au soir ; les gendarmes étaient 200, rassemblés au chef-lieu à la requête de l’occupant.
La garnison allemande était une force inter-armes dotée de mortiers, lance-roquettes, canons de 47  Puteaux, 77 et 88, les gendarmes étaient désarmés. Ils attaquèrent pourtant le 18 août vers 19 heures en s’appuyant sur le square Lafayette. Du socle vide de sa statue (soustraite par la Résistance à l’ennemi), le fantôme du libérateur de l’Amérique put apprécier leur allant…
En tout gendarme un fantassin sommeille. Sitôt les services de la Préfecture pris en main par le chef départemental de la Résistance (en l’occurrence mon père), les gendarmes brisèrent les scellés apposés sur leur armurerie, saisirent leurs mousquetons et coururent à l’ennemi. Devançant le groupe Lafayette (le corps franc local), devançant la compagnie Le Puy I du capitaine Alain, encore sous le coup de la mort de son chef (fusillé quelques jours plus tôt par l’occupant), ils chargèrent tout droit le détachement Feldgrau qui montait, l’arme au poing, vers le centre ville pour reprendre la Préfecture.
Bondissant de porche en porche, boulevard Saint-Louis puis boulevard Carnot, se couvrant les uns les autres, ils se défoulaient littéralement, libérant une ardeur qui les vengeait de quatre ans de passivité forcée et d’instructions obliques. Abattant avec précision les flanc-gardes postés par l’occupant dans les arbres du champ de foire, ils refoulaient l’ennemi stupéfait et obligeait la garnison tout entière à s’enfermer dans la caserne Romeuf.
Une section de mortiers fit le reste en pilonnant la caserne depuis Taulhac, la hauteur voisine. Elle était commandée par un sous-officier tartare que j’avais incité 8 mois plus tôt à déserter la même caserne en le mettant en présence des armes (légères) d’instruction de ma trentaine. Il avait apporté le complément…»
Et c’est signé : Bernard Cabanes, commandant IRAT
Je vous jure, je n’invente rien, c’est bien la prose du journaliste Bernard Cabanes dans sa version 1984 de la Libération du Puy.

Revenons sur quelques détails
Il y a 1200 hommes le 18 août au soir au Puy ! Faux. 800 au moins sont déjà partis. Le lieutenant de gendarmerie Sanvoisin qui les a désarmés à Estivareilles en a compté 796. Vous avez remarqué : Lucien Volle n’est jamais cité. Quant au  capitaine Alain, chef du groupe éponyme, il n’a pas été fusillé, il est encore bien vivant, il s’agit de Lucien Rongier. Après guerre, il sera gérant d’alimentation au 17 boulevard Carnot !
Et comme à son habitude, Cabanes se met en scène, il est le commandant IRAT, son père est devenu le chef départemental de la Résistance et la section de mortiers commandée par un sous-officier tatar qu’il a soi-disant retourné prend part à l’action, depuis les hauts de Taulhac et bombarde la caserne ! Affligeant !
Pour plus de détails, le lecteur intéressé pourra comparer cette version avec la version « Cabanes 2 » parue dans « Les Cahiers de la Haute-Loire » à partir de la page 334. On se demande où était le « témoin » qui rapporte à peu d’années d’intervalle deux versions aussi différentes.
De même pour le combat de la Vachellerie. Les personnes intéressées pourront se livrer à une enrichissante comparaison entre le « Cabanes 1 » des Amis de la gendarmerie et le « Cabanes 2 » des Cahiers. Et si leur esprit critique n’est pas satisfait et souhaite une relation plus honnête et proche de la vérité, je les invite à consulter l’article écrit par les anciens de la 2e Demi-Brigade F.F.I. d’Auvergne sous le titre « Historique des Combats de la Vachellerie » paru dans la revue « Le Résistant de la Loire » et dans le livre de Jean Maurin[10]. Georges Archer, commandant du bataillon Lafayette au mont Mouchet, bien vivant en 1984, avait porté le jugement suivant sur la version « Cabanes 1 » : « En ce qui concerne la relation de Cabanes sur les gendarmes à Saugues, c’est du roman-feuilleton. Les colonels Gaspard, Garcie, Gévolde, n’ont rien à voir là-dedans….. »

L’article de Bernard Cabanes a suscité en son temps une certaine émotion parmi les résistants survivants et a donné lieu à des protestations issues de Théo Vial-Massat, de Lucien Volle et d’Alfred Coutarel. On trouvera en annexe l’intégralité de leur expression.

Théo Vial-Massat, au cours d’une commémoration à Bellevue-la-Montagne, le 26 août 2007, dénonce dans son allocution :
« Par contre, c’est à un autre exercice qu’un illustre inconnu de la Résistance s’est livré récemment grâce à la complaisance des « Cahiers de la Haute-Loire ».
Tout en se donnant un beau rôle –difficilement vérifiable aujourd’hui- et laissant libre cours à son délire anti-Front Populaire, le dénommé Cabanes rumine encore, visiblement, quant aux deux sévères défaites électorales de son père face au ministre radical Laurent Eynac. Evènements politiques qui remontent aux années 1930 ! Absolument confondant !
Mais « si les chiens aboient, la caravane passe ». On parlera longtemps des Résistants ici tombés et on oubliera rapidement ce détracteur que je n’ose qualifier.
Qu’il me soit cependant permis, face à l’insulteur, de rappeler que le Wodli fut un des premiers maquis de France. Qu’il vit le jour dans les gorges de l’Allier grâce à la famille Fabre, ces courageux paysans patriotes. Que depuis sa création, en janvier 1943, les actions, souvent armées, se multiplièrent en Haute-Loire, de l’Yssingelais au Brivadois, en passant par Le Puy. »

A la demande de Théo, la totalité de son intervention a été adressée par mes soins à Christian de Seauve, président des Cahiers de la Haute-Loire, pour publication dans les colonnes de la revue. Aucune suite n’a été donnée à cette requête.

Par lettre en date du 17 décembre 2007, le comité départemental de l’A.N.A.C.R et son président Lucien Volle s’indignent et protestent auprès du président des Cahiers
« contre les allégations bien tardives d’un personnage dont l’activité dans les maquis de la Haute Loire et de la Lozère n’a pas laissé de souvenir et dont la discrétion durant cette période, n’a d’égale que l’anticommunisme primaire et virulent qui imprègne son article.
contre une entreprise à rebours de la démarche de rassemblement et d’union de toutes les forces résistantes dont Jean Moulin fut l’instigateur, sous la houlette du général De Gaulle, et qui devait aboutir à la constitution  du  C. N. R. »
Ils dénoncent « Les pseudo souvenirs et les commentaires de Monsieur Cabanes (qui) s’apparentent fortement à une démarche de caractère révisionniste »

Cette lettre demandait également la publication de la protestation de Théo Vial-Massat. J’ignore si une réponse a été donnée, mais rien n’a jamais été publié par les « Cahiers ».

Alfred Coutarel, alias Roger, et son frère aîné Maurice, alias Georges, apparaissent dans la liste des maquisards du secteur Zinnia à l’automne  43 publiée par Gérard Bollon. Roger est inscrit au maquis MZ 8 stationné au Soutour, commune des Vastres, et  Georges au maquis MZ 13, stationné à Champagne dans la même commune des Vastres. Leur jeune frère Jacques rejoint les maquis MZ en janvier 44.
Dans une lettre datée du 17 septembre 2007, Alfred Coutarel écrit à Jean-Jacques Jouve qui lui avait fait parvenir l’article de Cabanes. Joint par téléphone, Alfred Coutarel m’a donné l’autorisation de publier cette lettre.
Cinq pages dactylographiées pour faire l’inventaire, par le détail, des inexactitudes, des erreurs, des faussetés accumulées et préciser que ce texte « ne peut en aucun cas être qualifié de Témoignage puisqu’il raconte des évènements auxquels l’intéressé n’a pas participé, ni n’a assisté ». Tout un chacun pourra prendre connaissance de ce catalogue d’ « élucubrations » et se faire son opinion –si ce n’est déjà fait- concernant l’article de Bernard Cabanes. Pour ce qui me concerne, j’ai été une fois de plus stupéfait par la version délivrée par Cabanes dans l’affaire Lacoste – Rambault. J’avais découvert dans le livre d’Alfred Coutarel[11], le jugement et l’exécution de L. et de R. (Discrètement, Roger ne donne pas les noms), jugement et exécutions auxquels Roger a assisté en personne dans leur totalité.

Roger conclut sa lettre par ces quelques mots :
« Ce torchon immonde est un ramassis de lectures nombreuses, de témoignages et récits apportés par des participants réels aux évènements de l’époque parmi lesquels l’auteur s’est inséré pour se constituer une qualité incontestable de résistant et de maquisard solide pour laquelle il n’apporte aucune preuve ni témoignage consistant et étayé ; il faut donc le ranger aux oubliettes de l’histoire et l’ajouter à l’impressionnante accumulation de déclarations de négationnistes et de révisionnistes contre lesquels nous luttons depuis tant d’années. »

Je souhaitais démontrer à JF Arnould et à nos lecteurs que l’article de Bernard Cabanes ne pouvait en aucun cas constituer une source crédible, consensuelle et non partisane susceptible de servir de base à une étude historique.
Avec toutes les critiques, démonstrations et arguments développés, je suppose avoir atteint cet objectif.

Bernard Cabanes est un grand journaliste, mais comme l’écrit Alfred Coutarel, son texte ne peut en aucun cas être qualifié de témoignage. J’ajouterais volontiers « ses textes » qui présentent des versions différentes.

Oublions  Cabanes pour revenir à l’article de JF Arnould.
JF Arnould quitte un moment le boulevard Carnot pour s’exprimer de façon plus qu’approximative sur les combats de Bains et de Saint-Paulien. Sa seule source semble être la traduction du Kriegs-Tage-Buch de l’Etat-Major principal de liaison n° 588 de Clermont-Ferrand.
La bataille de Bains a fait l’objet d’un témoignage de madame Plantin-Giraud qui a publié son étude dans un bulletin de la Société académique[12]. Elle raconte l’arrivée à Bains de soldats allemands en vélos et en camions en vue d’obliger la commune à livrer du bétail, et vers 10 heures la découverte de deux grenades sous le siège avant d’une camionnette occupée par le capitaine Seigle et son chauffeur Lucien Cornern. Après l’arrestation des deux hommes, c’est Gévolde en personne, chef des F.F.I. de Haute-Loire, qui donne l’ordre aux groupes de Rougeac et de Vergezac d’attaquer les Allemands dans le bourg de Bains pour délivrer les deux prisonniers. Toutes les personnes intéressées par le déroulement de la journée du 11 août 1944 à Bains peuvent se reporter à l’étude de madame Plantin.
Concernant les combats de Saint-Paulien, j’ai pu moi-même me livrer à une étude également publiée dans un bulletin de la Société académique[13]. Une fable se racontait à Saint-Paulien que je savais en partie fausse parce que j’étais présent sur les lieux. En 2004, j’ai appris fortuitement que Théo Vial-Massat était toujours en vie. Je suis entré en contact avec lui et il a bien voulu me confier des comptes-rendus dactylographiés, rédigés à chaud par des acteurs des combats. Un témoin visuel qui avait 15 ans à l’époque me raconta en détail ce qu’il avait vu depuis le village voisin de Tressac et tout ce qu’il me disait coïncidait parfaitement avec les documents que m’avait remis Théo. Sans trop entrer dans les détails, je voudrais ajouter que décrire une bataille est un exercice difficile. Il est indispensable de confronter différentes sources si l’on veut obtenir une relation la plus proche possible de la vérité. Et je vais prendre trois exemples. Le lendemain des combats, j’ai vu, et tous les habitants qui se sont rendus sur place ont vu, un camion à gazogène arrêté sur la route devant la ferme Dioudonnat à Bourbouilloux et avec ce seul élément une fable est née qui racontait que les Allemands avaient dressé une embuscade, laissé passer le premier camion et attaqué le deuxième sur le plateau. Autre exemple : j’ai eu l’occasion d’interroger un rescapé lors d’une commémoration à Champagne (Gonzales alias Jaimes). Je lui ai demandé dans quel camion il se trouvait : « le 1er ou le 2e ? »  Il me répondit en toute sincérité : « mais il n’y avait qu’un camion ! » Evidemment le sien. Un dernier exemple : le témoin visuel m’avait dit qu’un maquisard avait pu s’échapper de la traction qui précédait les deux camions. Or les témoignages recueillis auprès de personnes d’Allègre quant à l’emplacement des corps qu’ils étaient venus ramasser le matin du 21 contredisaient cette possibilité. C’est Raymond Vacheron qui, un jour, me donna le nom et l’adresse du rescapé de la traction ; j’entrais en contact avec lui et nous nous sommes liés d’amitié. Il s’agissait de Dominique Martinez alias Tom.
Si je raconte cela c’est pour dire à JF Arnould qu’il ferait bien de s’assurer de ses sources avant d’écrire des bêtises. En effet, concernant Saint-Paulien, il écrit « le 20 départ en catastrophe de convois de la Légion vers l’Hermitage en direction de Saint-Paulien ». Faux, c’était un convoi allemand dont faisaient partie quelques Tatars. « Les résistants ont perdu 10 hommes, le groupe Noël a un blessé fait prisonnier » Faux, le groupe Noël a eu un blessé mais pas de prisonnier. En fait le groupe Noël était totalement étranger à l’engagement et se trouvait assez loin du théâtre des opérations, il changeait de résidence si l’on peut dire et des éléments du groupe se trouvaient par hasard à l’est de Saint-Paulien. C’est, à l’ouest, le camp Wodli du commandant Massat qui a livré un combat  de plusieurs heures. Le camp Wodli a perdu 12 hommes et non 10. Les Allemands ne laissaient pas de blessés, ceux-ci étaient achevés sur place. Tom, le survivant de la traction, m’avait confié : « A Allègre, j’ai dû reconnaître les corps de mes camarades tués. Je suis passé quatre fois devant les corps. Je n’arrivais pas à reconnaître Jojo, mon copain d’enfance de Rive-de-Gier. Il avait la mâchoire sur le côté. Ils l’avaient massacré. »

En relisant l’article de JF Arnould, j’ai repéré encore bien d’autres erreurs ou inexactitudes. En voici quelques une. Il écrit :
page 211: « le mari de l’épicière du 17, Lucien Rongier, cheminot en gare du Puy ». Lucien Rongier dit « Alain » est né la 13 septembre 1919 à Grigny (Seine-et-Oise). Pendant la guerre, il habite 8 rue Chènebouterie. Sa première épouse, née Suzanne Rampon, déclare dans sa demande de CVR, travailler pendant l’occupation au Syndicat des Vins de Haute-Loire et au comité de répartitions des boissons. Il divorce de Suzanne Rampon le 15 janvier 1946. Il se remarie le 20 avril 1946 au Puy avec Yvonne Moury née le 17 février 1920 à Céaux d’Allègre. Pendant l’occupation, de 1941 à 1944, celle-ci est cultivatrice à Maméas-Haut, commune de Céaux d’Allègre où elle héberge à son domicile divers éléments du groupe Alain, et sans doute peut-être Alain lui-même. Désolé ! pas d’épicière épouse de Lucien Rongier en 1944 à l’adresse indiquée ! Après la Libération, Lucien Rongier quitte les chemins de fer et devient avec sa seconde épouse gérant d’alimentation au 17 boulevard Carnot ainsi qu’il le déclare dans sa demande de CVR déposée le 7 janvier 1947[14].
Page 221 : « Joassard dit Tailleur ». Non Benoit Joassard c’est Tarzan, Tailleur c’est le surnom de Cohalion, commandant la 8e  zone.
Page 229, «  Les feldgendarmes font partir dans l’après-midi un premier échelon de véhicules hippomobiles précédés d’éclaireurs à vélo ».Faux. Le premier convoi d’ouverture de route  a quitté Le Puy au matin du 18 août. Il est déjà à Saint-Geneys vers 11 heures et dans l’après-midi, il est à Bellevue-la-Montagne où il se heurte à un détachement du camp Wodli.
Toujours page 229 : «  La seule certitude, c’est que le plan de sabotage pour les empêcher de rejoindre la préfecture de la Loire par la route de la vallée de la Loire ou la voie ferrée a réussi. ». Contresens absolu. La stratégie de l’Etat-Major F.F.I. de la Haute-Loire était au contraire de les inciter à suivre la vallée de la Loire et/ou la RN 88, où les colonnes allemandes auraient été plus faciles à attaquer. Pour cela de nombreux ponts avaient été détruits sur les itinéraires possibles vers le Nord : le pont de Borne sur la RN 102 ainsi que  le petit pont médiéval, le pont sur l’Ance du Sud entre Saint-Jean-de-Nay et Siaugues-Saint-Romain, le pont situé devant la ferme de Bourbouilloux à Saint-Paulien, condamnant l’accès sur Allègre, le pont sur la Chamalière à Bellevue-la-Montagne. De nombreuses routes étaient coupées et à Estables, la colonne allemande se trouva bloquée à la sortie du village pour rejoindre Sembadel par le verrou dressé par le camp Wodli commandé par le commandant Massat. Il ne restait plus à la colonne qu’à emprunter un chemin de terre par Lafarge pour rejoindre Chomelix et Craponne. Et au-delà, les ponts de Pontempeyrat et du Bandier sur l’Ance du Nord avaient sauté et interdisaient l’accès à Usson, ce qui obligea la colonne allemande à poursuivre jusqu’à Viverols pour pouvoir redescendre vers Usson. Bien sûr le commandant Marey, militaire de carrière, major de sa promotion à Saint-Maixent, savait que malgré la stratégie mise en place par l’Etat-Major F.F.I. de la Haute-Loire, les Allemands ne tomberaient pas dans le piège et n’emprunteraient pas la RN 88 bien trop dangereuse pour eux et il les attendait à Estivareilles.

Je n’ai pu quitter Carnot et l’article de JF Arnould sans penser à toutes ces familles du boulevard à qui il manquait un être cher, un fils, un époux, un père. Je me suis donc livré à une recherche de tous ces absents, prisonniers, déportés, S.T.O., et j’en ai dressé une liste, sans doute incomplète, mais que je vous livre sous le titre :

Quelques « oubliés » du boulevard Carnot et de la rue Francheterre.
Prisonniers de guerre.
Arnaud Elie, 31 rue Francheterre.
Bardat Eugène, 51 boulevard Carnot né le 23 juillet 1908 à Paris. Décorateur. 86e R.I. Sergent. Stalag III .L. 47.983.
Bechetold Maurice, 37 boulevard Carnot.
Berton Hippolyte, 19 boulevard Carnot, né le 16 avril 1912 à Fay-sur-Lignon. Artisan boulanger. 38e R.I. C.A.2 Engins, 2e classe. Stalag 6 A 15.434. c.715
Bodin Paul, 28 rue Francheterre, né le 27 avril 1915 au Puy. Employé de commerce chez Dufour. 38e R.I. Sergent. Stalag XVII A – H.V. 69 – 3776
Bonnet Henri, 12 rue Francheterre, né le 31 mai 1900 à Saint-Germain-Laprade. Dentellier monteur. 427e Pionniers 2e Bataillon, 5e Compagnie. Caporal. Stalag XVIII A A.47. 6 W 54. 33.444. A.31 G.W.
Chauchat Baptiste, 26 rue Francheterre, né au Puy le 9 mai 1913. Zingueur chez Arteil. 216e  R.A. 2e classe. Stalag 1 B. F. 88.310
Chausse Marcel, 15 boulevard Carnot, né le 6 septembre 1901 à Orbec Calvados. 27e Trav. Stalag VID.
Cortial Clément, 44 boulevard Carnot, né le 29 novembre 1905 à Chaspinhac. Brigadier 53e R.A.  Stalag VI F
Gaillard Jules, 42 boulevard Carnot, né le 22 décembre 1906 à Saint-Privat-d’Allier. Employé de banque Bonnet. 236e R.A. 5e TR. Maréchal des Logis. Stalag XVII A – 112.428
Gimbert Régis, 17 boulevard Carnot, né 9 mai 1912 à Lyon. Maçon chez Vialet. 13e S.I.M. 2e classe. Stalag 56.311. Kr.GEF. Batl. 22.Stettin, Kamp.3
Girard de Courtilles, 29 bis boulevard Carnot, né au Puy en 1901. Propriétaire agriculteur. E.M. 25e Division. Capitaine. Oflag IV D. 3.981.
Imbert Henri, 9 rue Francheterre, né le 8 avril 1912 à Saint-Christophe-sur-Dolaizon. 2e classe, 14e TN. Stalag XI A.
Laporte Jules, 24 boulevard Carnot, né le 3 janvier 1903 à Langeac. Vicaire à Saint-Laurent. 86e R.I. 13e Cie Pionniers. Sergent-chef. Stalag III A 416 E. 47.969
Mazzoli Angélo, 17 boulevard Carnot, né le 10 septembre 1908 à Breno (Italie). Carreleur chez Lebouchard. 4e Génie. 2e classe. Stalag I A 126.240 F.Z.
Mialon Jean, 23 boulevard Carnot, né le 31 mars 1915 à Pradelles, militaire de carrière. 236e R.A. ? Maréchal des Logis-Chef. Stalag XX A.1.267. 27.569.
Musmu Pierre, 17 boulevard Carnot.
Prat Auguste, 44 boulevard Carnot, né le 15 mai 1911 à Goudet. Cultivateur. 298e R.I. Caporal. Stalag V B 9.309.
Raffier Pierre, 4 rue Francheterre, né le 30 décembre 1911 au Puy. Serrurier. 504e R.C.C. 2e classe. Stalag XVII A
Vidal Léon, 20 rue Francheterre, né le 13 janvier 1917 à Saint-Paulien. Comptable chez De Mourgues. 369e Dépôt – 31e Cie  – Int. 2e classe. Front-Stalag 204 – 3.187
Service du Travail Obligatoire. (S.T.O)
Boissonnat Louis, 1 boulevard Carnot. 17 Oscar Wanchel Chonebeck Elbe Deutschland.
Cottin Benoit, 63 boulevard Carnot. Wien 145 Lager Nordpol-Barack 21-Zimmer 9-Deutschland.
Ginier Henri, 25 boulevard Carnot.
Déportés
Horowitz Samuel, né le 12 janvier 1895 à Anvers, Israélite belge. A été arrêté à Mont-Mélian (Savoie) le 17 novembre 1942. Déporté au camp de Drancy le 6 mars 1945. Aucune nouvelle depuis cette date.
Madame Horowitz Anna, 55 Boulevard Carnot.
Vacher Jacques, né le 15 août 1918 au Puy. Arrêté à Lyon en novembre 1943. Dirigé sur Compiègne, y a séjourné plusieurs mois. Déporté ensuite à Buchenwald – Weimar (Thuringe)
Madame Vacher, 61 Boulevard Carnot.

Le boulevard Carnot est pourvu de nombreux cafés qui résultent de la présence du foirail sur la place. JF Arnould en a repéré quelques uns sur son plan publié page 190. Mais il en a oublié un qui joua un rôle remarquable durant cette période. Il s’agit du café Audiard, 18 boulevard Carnot, qui avait également pour enseigne « le Bar d’Auvergne » dans l’avenue de la cathédrale. Dans ce café avaient lieu fréquemment des rencontres entre résistants : Henri Chas alias Charlieu, Lucien Rongier alias Alain, et des membres du groupe Lafayette. La famille Audiard se composait du père, Pierre, de la mère, née Anaïs, Marie Courtailhac, et de deux filles, Marie-Thérèse et Yvette. Pierre Audiard, alias Lion, et Yvette, alias Sonia, faisaient partie du réseau « Gallia » comme agents occasionnels. « Gallia est un réseau de Résistance créé en 1943 par le Bureau central de renseignements et d’action (BCRA) et les Mouvements unis de la Résistance (MUR). Gallia s’occupe principalement de renseignements militaires et policiers. Son importance s’accroît tout au long du second semestre 1943, et, au printemps 1944, il devient le plus important réseau du BCRA en zone Sud, comptant 2 500 agents[15] ». La mission d’Yvette au sein du réseau était celle d’un agent de liaison. Elle était notamment en relation avec le chef local du réseau, Jean Arribagé-Cassou qui habitait Allègre, avec Louis Bourdelin, plombier, rue Grangevieille et avec Roger Chapel, coiffeur, 15 rue Saint-Pierre. Yvette prenait des plis que des agents déposaient chez ses parents et les portait dans des lieux convenus à l’avance après avoir vérifié que la voie était libre. Le jour de la disparition d’Henri Chas du Puy, le 13 octobre 1943, Yvette raconte : « J’ai été arrêtée par la Gestapo chez M. Chas alors que j’allais dire à sa secrétaire, Mme Giraud, qu’il était à la maison. Les agents de la Gestapo qui étaient présents m’ont questionnée. Connaissez-vous M. Chas ? Evidemment j’ai nié … J’ai alors reçu une gifle magistrale. D’autres questions m’ont été posées, j’ai toujours répondu par la négative. Au bout d’une heure ou deux, j’ai demandé  à aller aux toilettes. Ils ont accepté et j’y suis allée avec un policier dans le bas de la place Saint-Laurent, avec Mme Giraud qui, elle aussi, avait fait la même demande. Au cours de notre parcours, j’ai pu confirmer à Mme Giraud que M. Chas était chez moi et qu’il était pris en charge par le réseau. Nous sommes ensuite remontées au bureau où nous sommes restées jusque vers 16 h. Nous avons été libérées sauf un juif qui avait été arrêté [16]». Ce témoignage coïncide parfaitement avec celui de Mme Jacqueline de Saint-Anthost, fille d’ Henri Chas, rapporté par Jean Bélingard.[17] Par contre, la version de cet évènement proposée par Alain Rougeot est plus qu’approximative.
Yvette Audiard, épouse Tempère, sera citée à l’ordre du Régiment en ces termes : « Jeune patriote qui entre comme agent de liaison au S.R. « France Combattante » en août 1943. Arrêtée par la Gestapo le 13 novembre[18] 1943 puis relâchée faute de preuve. A permis par son courage et son cran, au chef de la Résistance caché chez elle de s’enfuir. A dans des circonstances critiques au cours de la prise du Puy porté des renseignements précieux à l’Etat-Major F.F.I. ». Cette citation comporte l’attribution de la Croix de Guerre 1939-1945 avec Etoile de bronze.

Enfin, le jour de la Libération du Puy, pendant que certains habitants du boulevard Carnot regardaient par les fenêtres pour suivre les évènements, il y en avait dans la rue qui se battaient et qui mouraient. Ce fut le cas de Louis, Frédéric, Jean-Marie, Gamon, domicilié, 1 boulevard Carnot, en face de la tour Pannessac.
Louis Gamon était né le 1er février 1905 et marié avec Victorine, Maria, Anna, Martin. Il semble qu’il soit entré dans la Résistance en août 43 sans doute dans le groupe Alain. Il servait d’agent de liaison et, comme il exerçait la profession de garagiste, il réparait à l’occasion le matériel du maquis.
En août 44, il a rejoint les maquisards et notamment les policiers du commissariat pour participer, les armes à la main, aux combats pour libérer sa ville. Il est tombé le 19 août à 11 heures au pré Souchon (actuel stade Massot). Il se trouvait aux côtés du gardien de la paix Vasselon. Il sera transporté à l’hôpital mais ne survivra pas à ses blessures. Il sera déclaré « Mort pour la France » et décoré de la Médaille de la Résistance à titre posthume avec cette citation : « d’un courage et d’un dévouement total, tombé glorieusement au champ d’honneur lors de la prise du Puy ».
Après guerre, sa veuve habite toujours le 1 boulevard Carnot lors de la demande de carte de combattant volontaire de la Résistance déposée le 30 avril 1952.

A l’issue de ce long regard critique porté sur les articles de Bernard Cabanes et de Jean-François Arnould, je laisserai à chaque lecteur, le soin de tirer ses propres conclusions.

 Roger Maurin

 Annexes

Annexe 1. Bulletin n°186 de la revue des Amis de la Gendarmerie. Article de Bernard Cabanes « La bataille du Mont Mouchet ».
Annexe 2. Allocution de Théo Vial-Massat à Bellevue-la-Montagne le 26 août 2007.
Annexe 3. Texte du courriel de Roger Maurin à Christian de Seauve le 27 août 2007.
Annexe 4. Lettre du 17 décembre 2007 du Comité départemental de l’ANACR adressée au président des « Cahiers de la Haute Loire », signée par Lucien Volle et Paul Calmels.
Annexe 5. Lettre du 17 septembre 2007 d’Alfred Coutarel, alias Roger, à Jean-Jacques Jouve.
Annexe 6. Documents Famille Audiard.

[1] Cabanes (Bernard), « Itinéraire entre deux feux », Cahiers de la Haute-Loire, 200, pages 277-361.
[2] http://republic.pink/bernard-cabanes_8900584.html
[3] Interview Camille Pradet et Théo Vial Massat, enregistrement sonore et transcription écrite, archives privées Lucien Bastet et Roger Maurin.
[4] Bélingard (Jean) « Henri Chas, alias Charlieu (1900-1945 » Editions du Roure, Polignac, 2016
[5] Maquis MZ pour Zinnia et non pour Mézenc comme l’écrit Cabanes !
[6] Fayol (Pierre) « Le Chambon sous l’occupation », Edition L’Harmattan, Paris, 1990, page 230.
[7] Bastet (Lucien), Maurin (Roger) « Août 1944 : entre Le Puy et Estivareilles », Bulletin de la Société académique, tome LXXXII, 2006,
[8] Gentgen (René) « La Résistance civile dans la Loire », Editions lyonnaises d’Art et d’histoire , Lyon, 1996, page 134.
[9] Ingrand (Henri), »Libération de l’Auvergne », Hachette Littérature, 1974, page 111.
[10] Maurin (Jean) alias Capitaine Cobra, « Résistance en Val d’Allier », Brioude 1992, pages 287-289.
[11] Coutarel (Alfred Roger), « Itinéraire d’un résistant des Cévennes à La Libération », Editions Tirésias AERI, Paris 2004, pages 135-138.
[12] Plantin-Giraud (Madame) « La bataille de Bains, témoignage sur la journée du 11 août 1944 », Bulletin de la Société académique, tome LXVII, 1991, pages 103-109.
[13] Maurin (Roger) « Les combats du 20 juillet 1944 à Saint-Paulien », Bulletin de la Société académique, tome LXXXI, 2005, pages 137-147.
[14] ADHL 1836 W 1-55.
[15] https://fr.wikipedia.org/wiki/Gallia_(r%C3%A9seau)
[16] Archives privées.
[17] Bélingard (Jean) op. cit.
[18] La citation comporte une erreur. Il s’agissait du 13 octobre 43.

Le numéro 7 de la revue « Histoire sociale Haute-Loire » a publié un article sous le titre « Le boulevard Carnot occupé » signé de Jean-François Arnould.
Le présent article : un regard critique sur « le boulevard Carnot occupé »  a pour objectif de rectifier des erreurs historiques importantes et d’apporter des compléments non négligeables et complètement inédits à l’histoire du boulevard Carnot pendant la guerre.
La parution de cette contribution a été refusée par les responsables de la revue au prétexte qu’elle était trop longue. Il semble bien que ces responsables n’admettent pas  les critiques, fussent-elles fondées. Tout au plus acceptaient-ils de la mettre sur internet.  J’ai donc retiré ma contribution n’ayant pas besoin d’eux pour la publier moi-même sur un site.
Gaston Bachelard nous a enseigné qu’un savoir constitué est « une suite d’erreurs rectifiées ». C’est toujours difficile de reconnaître ses erreurs et d’accepter qu’elles soient publiées.  C’est dans la controverse que se construit la connaissance, aussi suis-je stupéfait de la position prise par le comité de rédaction de cette revue

Saint-Paulien, le 19 décembre 2016
Roger Maurin

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