Les moulins de Lissac

La Borne sous Lissac

La Borne sous Lissac

Depuis toujours, Lissac et la Borne forment un couple inséparable. C’est à la limite des communes de Céaux d’Allègre et de Lissac que les deux Bornes se rejoignent : l’occidentale née dans les Bois Noirs de Sembadel et l’orientale qui prend sa source dans la commune de Félines, à Chamborne très précisément. Elles se réunissent pour former une rivière puissante qui, suivant un axe nord-ouest  sud-est, et sur près de cinq kilomètres, traverse la commune de Lissac.
Les moulins se sont développés à l’époque médiévale. Utilisant la force de l’eau, ils allaient remplacer le pilon ou la meule à main et contribuer à installer le pain comme base de l’alimentation du Vellave. Sur la Borne, rivière toujours alimentée en eau, les moulins ont tous utilisé la même technologie. En amont du moulin, la rivière est barrée par une digue qui reste submersible en cas de crue. Derrière la digue est creusé un canal d’amenée d’eau, un bief, appelé encore « béal ou bezal » en patois. Au départ, le bief est barré par une vanne devant laquelle se trouve un petit canal de dérivation avec une seconde vanne. Ce système de vannes au départ du bief permet de régler le débit de l’eau voire de fermer complètement l’alimentation en eau du moulin. La pente du bief creusé par la main de l’homme est beaucoup plus faible que celle du cours de la rivière ce qui, ajouté à la hauteur de la digue, permet d’obtenir la chute d’eau qui fera tourner le moulin. Plus le bief est long, plus la hauteur de la chute est élevée et plus le moulin est puissant. La chute fait tourner un rouet qui entraîne la meule. A la sortie du moulin, un canal de fuite permet à l’eau de rejoindre la rivière.
Lorsque le ruisseau utilisé a un débit faible ou de basses eaux, il n’est plus possible d’utiliser cette technologie au fil de l’eau. Le meunier creuse un canal d’amenée d’eau mais également un réservoir d’eau appelé chez nous une écluse. Quand l’écluse est pleine, le meunier fait tourner son moulin. Quand elle est vide, il se repose et attend qu’elle se remplisse.
Sur le cadastre napoléonien de 1811, six moulins sont recensés à Lissac dont quatre sur la Borne et deux sur la Gazelle.
Sur la Borne de l’amont vers l’aval, nous trouvons :
-          le moulin de Las Toumasse tenu par François Gaite dit Le Bègue
-          le moulin de Teyssier tenu par Jean Parrain, meunier à Teyssier
-          le moulin de Thory (prononcer tor-ye et non pas tori) tenu par Pierre Garnier dit l’Ardaillou demeurant à Connac
-          le moulin de Barnier tenu par Thomas Bonnet, meunier au moulin de Barnier.
Aujourd’hui, ces moulins, ou ce qu’il en reste, sont désignés par : le moulin du Bègue, le moulin de Parrain, le moulin de l’Ardaillou (ou de Thory) et le moulin de Barnier. On notera que pour désigner le nom d’un moulin, on utilise soit le nom du propriétaire (Parrain, Barnier) soit son surnom (L’Ardaillou, Le Bègue), soit encore le nom du lieu-dit (le pré de Thory).
Sur la Gazelle étaient implantés deux petits moulins à écluse : l’un sous le village de Freycenet tenu par Jacques Fileyre dit Monier, l’autre aux Garniers tenu par Pierre Garnier des Garniers.
J’ai trouvé dans les minutes de 1787 du notaire Guillaume Charbonnière de Saint-Paulien une affaire qui illustre bien la vie des meuniers et leurs ennuis à la veille de la révolution.
Dès le Moyen-Age, les seigneurs avaient proclamé que leurs vassaux étaient obligés de venir moudre leur grain chez eux dans les moulins banaux. Ce droit de banalité était pour le seigneur une source de revenu mais surtout de pouvoir. Un arrondissement de banalité existait encore à Saint-Paulien en 1787. Le moulin banal de Ceyssaguet, sur la Borne, (ce moulin sera transformé plus tard en usine électrique) appartenait au seigneur de la ville de Saint-Paulien, le duc de Polignac, et les habitants de Saint-Paulien avaient l’obligation d’y moudre leur grain. Or le meunier Jean Parrain du moulin de Teyssier venait régulièrement quêter du grain dans le bourg de Saint-Paulien, grain qu’il transformait en farine en son moulin . Mais un beau jour de 1787, Jean Bonnefoux de Bourbouilloux qui tenait à titre de rente du duc de Polignac les moulins banaux de la terre et baronnie de Saint-Paulien fit arrêter le nommé Jean Parrain qui s’apprêtait à livrer sa farine à Saint-Paulien. Les deux juments furent saisies et les sacs de farine qu’elles portaient confisqués. L’affaire se termina devant notaire -un mauvais arrangement valant déjà mieux qu’un bon procès- les deux juments furent rendues à Parrain qui promit de ne plus jamais revenir quêter du grain à Saint-Paulien et qui s’engagea à verser la somme de 72 livres à Bonnefoux.
Le droit de banalité sera supprimé 6 ans plus tard, le 17 juillet 1793 par la Convention.

 Aujourd’hui, tous nos moulins se sont tus. Louis Garnier, l’actuel propriétaire du moulin de Thory, se souvient que son père Lucien, dit l’Ardaillou, ancien maire de Lissac, a arrêté son moulin en 1962. Le moulin de l’Ardaillou, ou de Thory, comme on voudra l’appeler, est resté dans la famille Garnier depuis deux cents ans, le surnom aussi.

Roger Maurin

 

 

 

 

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