Foire de la Saint-Luc à Saint-Paulien

La foire de la Saint-Luc.

Le premier texte connu dans lequel il est fait mention de la foire de la Saint-Luc est un édit du roi Henri IV donné à Lyon le 22 septembre 1595. La ville du Puy, encore tenue par la Sainte Ligue, est rebelle au roi et ses habitants inquiètent quotidiennement ceux de Saint-Paulien qui, contrairement à ceux du Puy, lui sont toujours restés fidèles et loyaux. Saint-Paulien a, par deux fois, été prise et pillée par les armées catholiques du duc de Nemours. Pour récompenser ses sujets de Saint-Paulien et leur permettre de se rétablir, le roi institue deux foires l’an et un marché hebdomadaire en plus des deux foires déjà existantes. L’une de ces foires, établie de toute ancienneté en la ville de Saint-Paulien, se déroule le jour de la Saint-Luc.

C’est au Moyen-âge que se mettent en place les premières foires pour répondre à la nécessité de s’approvisionner en marchandises. La foire, du latin féria, c’est la fête, d’abord celle du saint, ici Luc l’évangéliste, mais aussi celle des habitants du lieu et il n’est pas rare, d’y trouver, outre des marchands, des spectacles itinérants animés par des saltimbanques et autres funambules, conteurs, bouffons, pitres, mimes… Même si les premières foires ont pu être autorisées par le seigneur du lieu, c’est au roi seul qu’il appartient d’octroyer et d’ordonner foires et marchés, ce qu’exprime bien l’édit du 22 septembre 1595 du roi Henri.

Nous ne disposons malheureusement pas de chroniques relatant la tenue de la foire de la Saint-Luc sous l’Ancien Régime. Nous connaissons cependant l’emplacement du champ de foire à la veille de la Révolution grâce à la vente des biens nationaux. Depuis le haut Moyen-âge, le seigneur de Saint-Paulien est le vicomte de Polignac. En 1789, il possède à Saint-Paulien 165 cartonnées (environ 13,5 hectares) de terres situées entre le village et le ruisseau de Bourbouilloux au lieudit La Prade. En vue de leur vente, un inventaire détaillé des biens est établi le 5 nivôse an II (25 décembre 1793) et un plan est dressé. C’est grâce à ce plan que nous savons que les foires de Saint-Paulien se déroulaient à l’actuel emplacement des maisons Berthold, Mosnier, Bourrat et Philippon, avenue de la Rochelambert. Les biens de l’émigré Polignac furent vendus à des particuliers les 15 et 16 germinal an II (4 et 5 avril 1794) et il semble bien que la servitude qui frappait ces parcelles n’ait pas survécu à cette vente.

Par contre, la tradition de la foire de la Saint-Luc, elle, a survécu ; et après environ 600 ans d’existence, elle est venue jusqu’à nous.

Grâce à une interview de Monsieur et Madame Paul Séjalon réalisée il y a une dizaine d’années, nous disposons d’informations assez précises sur le déroulement de la foire dans les années 30.

La foire avait toujours lieu le jour de la fête du saint, c’est-à-dire le 18 octobre. C’était, pour tous les habitants des environs, l’occasion de faire des provisions pour l’hiver. Même si l’on désignait cette manifestation par la foire des noix, on y trouvait de tout, des noix bien sûr mais aussi tous les autres fruits et légumes de l’automne : châtaignes, pommes, poires, coings, courges, pommes de terre, carottes, poireaux, choux, ails, oignons, etc.

Les bancs, c’est-à-dire les étalages, étaient tenus par des producteurs locaux ou par des forains qui allaient de foire en foire pour satisfaire à la demande. Des marchands proposaient divers objets bien utiles dans nos campagnes : brouettes, balais, baquets en bois, seilles, caisses de lavandière, battoirs, planches à laver, barattes, moules à beurre, etc. Paul Séjalon se plaisait à répéter : «  on y trouvait de tout, de tout. »

Les paysans des environs allaient couper du bois à Courant et ils le proposaient à la vente sur des chars à deux roues. Le jour de la Saint-Luc, Il y avait une double rangée de chars de bois depuis la place de l’église jusqu’à la sortie de la ville en direction de Saint-Geneys. Les clients jaugeaient le chargement et en marchandaient le prix. Des petits malins disposaient parfois au centre de la carriole des billes de bois toutes tordues, ce qui avait pour effet d’augmenter le volume apparent de la charretée mais malheureusement pas la quantité de bois. Aucun moyen de détecter la tromperie sauf à retenir, par celui qui s’y faisait prendre, le nom du vendeur et à en tenir compte l’année suivante.

La foire de la Saint-Luc était également un jour de fête ; il y avait des manèges sur la place et aussi des bals. On dansait en de nombreux endroits dans le bourg au son d’un simple accordéon, au premier étage chez Rousset (en face le Crédit agricole), chez le Béchoux , c’est-à-dire chez Gayte, l’actuel Hôtel des Voyageurs, chez Garnier bien sûr.

La guerre venue, il n’y avait plus rien à vendre, c’était les restrictions. Une grande partie de la production agricole était prélevée pour nourrir les armées nazies. Il n’y eut plus de foires de la Saint-Luc, et pendant cinq ans, il n’y eut plus ni bals ni manèges.

Après la guerre, d’après les journaux de l’époque, c’est seulement à partir de 1951 que s’amorça une timide reprise à l’initiative du syndicat d’initiative et de la mairie. En fait, il s’agit plutôt de gros marchés que de foires. Les journaux rendent compte du prix des transactions animales et des différentes races présentées sur le marché : Aubrac, Salers, Montbéliardes. Toutefois, en 1954, un groupe folklorique anime les rues de la ville par la reconstitution d’un cortège de noce et la jeunesse va danser pendant deux jours chez Gibert.

La première grande manifestation d’après guerre aura lieu le 18 octobre 1955, à l’initiative de Pierre Oulhion, maire, et d’Albert Trescartes, président du syndicat d’Initiative. En fait, plutôt qu’une foire, c’est un important concours agricole qui se déroule à Saint-Paulien et qui démontre les progrès réalisés par les éleveurs du canton. On remarque un jeune et fringant vétérinaire, Joseph Berthold, qui fait partie du jury du concours, concours très complet avec un palmarès bien fourni. On y relève les races Aubrac, Tarentaise, Salers, des taureaux de race limousine et charolaise ; l’espèce ovine est présente avec le Bizet et la noire du Velay ; animaux de basse-cour, porcs et porcelets concourent également. Le Préfet de la Haute-Loire, Monsieur Rouliès, est salué à son arrivée par les clairons de la « Jeanne d’Arc »

Désormais, la foire prendra l’allure d’un concours agricole plutôt que d’une foire proprement dite, ce qui n’était pas le cas dans l’entre-deux guerres où foire de la Saint-Luc et concours agricole étaient complètement distincts et avaient lieu à des dates différentes, le concours en septembre, la foire en octobre.

C’est en 1998 qu’eut lieu le dernier grand événement lié à la Saint-Luc à l’occasion d’une exposition-concours de bovins allaitants, manifestation honorée par la visite du Préfet, Monsieur Pomel.

Roger Maurin

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