Saint-Paulien au XVIIIe siècle

Le vicomte de Polignac est le seigneur de Saint-Paulien depuis la période carolingienne.

Au début du 18e siècle, à la fin du règne de Louis XIV, le très haut et très puissant seigneur Scipion Sidoine Apollinaire, Gaspard, Armand, Vicomte de Polignac, lieutenant général des armées du Roy, devait sans doute connaître quelques ennuis d’argent car il avait tout bonnement vendu pour la somme de 33 000 livres ses droits seigneuriaux sur Saint-Paulien à Monsieur Georges de Chabron, seigneur de Chabron et de Soleilhac, pensionnaire du Roy, habitant à Saint-Paulien.
Voilà une affaire bien curieuse qui avait dû provoquer en son temps pas mal de remous dans notre bonne ville. En effet le plus gros contribuable de Saint-Paulien, Georges de Chabron, devenait le seigneur des lieux et était de ce fait exonéré d’impôts. La taille dont le montant global ne changeait pas se trouvait répartie entre les habitants de Saint-Paulien, Chabron excepté. L’augmentation d’impôts qui en était résultée pour chacun avait dû être colossale.
Or, fait sans doute assez rare, le 25 février 1737, le seigneur vicomte obtient de Chabron la rescision, c’est-à-dire l’annulation, pour cause de lésion, de la vente de sa seigneurie de Saint-Paulien. Le fils aîné de Scipion, Louis-Héracle-Melchior, marquis de Polignac, récupère la terre de Saint-Paulien et avec lui ses descendants mâles par ordre de naissance contre le versement d’une somme de 24 000 livres à Chabron (sic).
Avec cette rescision, Chabron allait contribuer de nouveau à la charge commune. Il obtenait cependant de son seigneur, en compensation, le droit de chasse et de pêche sur l’étendue de la terre de Saint-Paulien et aussi le pouvoir de construire des tours et girouettes dans les maisons qui lui appartenaient. C’est certainement de cette époque que date la tour qui fut construite sur son hôtel particulier situé sur la place de l’église de Saint-Paulien (l’actuelle maison Philippon).

 Un arpentement général de Saint-Paulien est réalisé entre 1740 et 1745. C’est un document majeur pour la connaissance de notre ville au milieu du XVIIIe. Malheureusement, le tome 1 ne se trouve pas aux archives départementales et nous n’avons accès qu’au tome 2 (ADHL 1 C 2697) qui concerne les villages (Anviac, Anazac, Le Monet, Marcilhac, Orcenac, Soddes, Cougeac, Vialette et Chasseleuil). Dans les dernières pages de ce tome 2 figurent les privilégiés de Saint-Paulien, exemptés de la taille avec leur cote respective qui donne une idée de leur richesse foncière.
En 1745 les exempts de taille sont : le seigneur vicomte de Polignac (445 livres), les chanoines de Saint-Paulien (200 £) , la cure de Saint-Paulien que tient Dumoulin, curé (10 £), la Vicairie de l’arbre que tient Monseigneur de Lormet, chanoine de la cathédrale (8 £ 10 sols), la cure de Saint-Paulien hors les murs que tient Ramousse, curé (10 £ 15 sols), la cure de Notre Dame du Haut Solier que tient Malosse, curé (6 £ 7 sols) et l’hôpital de Saint-Paulien (25 £ 12 sols). La ville de Saint-Paulien est alors pourvue de trois paroisses et de trois églises : Saint-Georges, l’église actuelle qui abritait également un chapitre d’une douzaine de chanoines, Saint-Paulien hors les murs dont l’église a été vendue à la révolution et qui se trouvait sur la partie la plus ancienne de l’actuel cimetière et l’église N-D du Haut-Solier, toujours debout bien qu’une partie ait été détruite par un incendie, c’est l’actuelle maison Ouillon-Boyer sise à côté de l’actuelle maison de retraite reconstruite en 1983 sur l’emplacement de l’ancien hôpital.
En 1754, les chanoines de la collégiale Saint-Georges souhaitent supprimer la paroisse du Haut-Solier. L’office paroissial n’y est jamais fait comme grande messe, prônes et vêpres et de plus l’église n’a pas de cimetière. Ils souhaitent donc transférer le service divin de ladite paroisse à la grande paroisse de Saint-Georges. Derrière les arguments religieux se cachent bien sûr des raisons économiques. Messires Noël Drossanges, Louis Béraud, Jean-Pierre Rousset et Jacques Alexis Colomb ne disposent pas de revenus suffisants pour leur entretien, ils doivent aller les chercher ailleurs ; on dirait aujourd’hui qu’ils doivent faire des vacations dans les châteaux voisins et du coup, ils deviennent inutiles pour le service de Saint-Georges. En un mot, la suppression de la paroisse N-D du Haut Solier arrangerait bien leurs épinards.
Pour débattre de la question, une réunion va avoir lieu le mardi 11 juin 1754 à 10 heures dans la maison de Monseigneur de Chabron de La Tour, écuyer, située sur la place de Saint-Paulien. Les participants à cette réunion seront assignés à leur domicile par Jean Olivier, sergent, immatriculé en la prévôté royale de Langeac, résidant au faubourg de Saint-Paulien.
Ont été convoqués, outre les prêtres déjà cités, George de Chabron, ancien capitaine d’infanterie, Reymond Aubert, juge de Chomelix, Pierre Dominique Galien d’Adiac et Pierre Damien Galien d’Adiac, tous bourgeois habitants Saint-Paulien et cinq paroissiens de N-D du Haut Solier, Jean Boudon dit de la Catherine, Pierre Bonydal dit Reynaud, Etienne Pralong, boulanger banaliste, (mon aïeul), Jean Eyraud, maître tisserand et Thomas Berbigier, manœuvrier. (ADHL G 644)
On ne sait pas ce qui s’est passé au cours de cette réunion mais il semble bien que la demande des chanoines n’ait pas abouti puisque la paroisse N-D du Haut Solier existe toujours à la veille de la révolution.

 Au milieu du XVIIIe siècle, il y avait trois notaires à Saint-Paulien : Charbonnière, Anglade et Lacombe. Chacun possédait dans le bourg maison, jardin et colombier.

 Il y avait aussi deux moulins banaux. Dès le Moyen-Age, les seigneurs avaient proclamé que leurs vassaux étaient obligés de venir moudre leur grain chez eux dans les moulins banaux. Ce droit de banalité était pour le seigneur une source de revenu mais surtout de pouvoir. Un arrondissement de banalité existait à Saint-Paulien. Les habitants avaient l’obligation de moudre leur grain dans le moulin banal du seigneur. L’un de ces moulins banaux était situé à Bourbouilloux, l’autre, de loin le plus important, était situé à Ceyssaguet sur la Borne. (Il deviendra usine électrique vers 1910). C’était Jean Bonnefoux de Bourbouilloux qui tenait ces moulins en locaterie perpétuelle du seigneur de Polignac.

 J’ai trouvé dans les minutes de 1787 du notaire Charbonnière une affaire qui illustre bien la vie des meuniers et leurs ennuis à la veille de la révolution.
Le meunier Jean Parrain du moulin de Teyssier de Lissac venait régulièrement quêter du grain dans le bourg de Saint-Paulien, grain qu’il transformait en farine en son moulin. Mais un beau jour de 1787, Jean Bonnefoux de Bourbouilloux qui tenait les moulins banaux de la terre et baronnie de Saint-Paulien fit arrêter le nommé Jean Parrain qui s’apprêtait à livrer sa farine à Saint-Paulien. Les deux juments furent saisies et les sacs de farine qu’elles portaient confisqués. L’affaire se termina devant notaire – un mauvais arrangement valant déjà mieux qu’un bon procès – les deux juments furent rendues à Parrain qui promit de ne plus jamais revenir quêter du grain à Saint-Paulien et qui s’engagea à verser la somme de 72 livres à Bonnefoux. Le droit de banalité sera supprimé 6 ans plus tard, le 17 juillet 1793 par la Convention.

 Au XVIIIe siècle, le cimetière de la paroisse Saint-Georges se trouve sur la place de l’église sous les fenêtres de l’hôtel de Chabron. On y enterre les défunts de Saint-Georges, du Haut-Solier et de Blanzac qui n’a pas de paroisse et qui dépend de Saint-Georges. Les remparts sont toujours debout et la route de Craponne au Puy traverse les bourg de Saint-Paulien et de Saint-Geneys. Les portes d’entrée des deux villages sont étroites et constituent des obstacles à la circulation des chars. Au cours de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, plusieurs projets de déviation vont voir le jour. L’un d’eux prévoit que le nouveau chemin coupe la prairie du vicomte de Polignac, donc évite Saint-Paulien et passe par Uveyres, à l’ouest de Peyramont et donc délaisse aussi Saint-Geneys. Les habitants de Saint-Paulien et de Saint-Geneys combattent cette direction et adressent une pétition à l’Intendant de la province d’Auvergne pour s’opposer à ce projet qui évite Saint-Geneys et Saint-Paulien, « les deux seuls endroits où les voyageurs trouvent des auberges ». (ADHL 1 C 2817).
Finalement, un plan d’alignement de la traverse de Saint-Paulien sera dressé en 1789. Les portes de ville seront démolies, les façades des maisons frappées d’alignement et la route de Craponne pourra continuer à traverser le bourg. Par contre la déviation affectera Saint-Geneys, le nouveau chemin passant désormais à l’est du village.

 A la veille de la révolution, un document (ADHL 1C 2698) nous renseigne sur les impositions des habitants de Saint-Paulien. C’est une mise à jour de l’arpentement de 1745 qui n’est pas datée mais, compte tenu de certaines indications, on peut penser qu’elle a été établie vers 1790.
’ai relevé les 3 cotes les plus élevées :
Chabron (de Soleilhac)          1753 Livres
Comte de la Rochelambert    1132 Livres
Jean Bonnefoux                     744 Livres
La cote du Duc de Polignac n’est que de 464 Livres. Celle de mon aïeule, Marianne Laurens Veuve de Jean Pralong , boulanger banaliste et petit propriétaire terrien au Marchedial, est de 47 livres.
A la veille de la révolution, les trois familles les plus riches de Saint-Paulien sont donc  : Chabron de Soleilhac (ou Solilhac), La Rochelambert et Bonnefoux de Bourbouilloux. Chabron et La Rochelambert possèdent chacun un hôtel particulier intra-muros, ce qui n’est pas le cas du seigneur des lieux, le vicomte de Polignac devenu duc en 1783.

 En avril 1794, les biens de Armand Jules François de Polignac, émigré, sont vendus. Ils se composaient de 162 cartonnées de prairies situées entre Saint-Paulien et le ruisseau de Bourbouilloux au lieudit « La Prade » soit environ 13,5 ha loués au notaire Charbonnière (qui habitait l’actuelle maison Amant) et qui les sous-louait, pour le compte du seigneur à des sous-fermiers. Les acheteurs sont surtout des bourgeois de Saint-Paulien, les Armand, notaire, Bonnefoux de Bourbouilloux, propriétaire et juge de paix, Garron, greffier.

 C’est la révolution, des changements radicaux vont intervenir dans notre pays, mais ceci est une autre histoire.

 Roger Maurin

 ADHL Archives Départementales de la Haute-Loire.

l’église de lissac

L’église de Lissac 

(D’après une étude de René Bore publiée dans le bulletin historique de la Société académique du Puy-en-Velay et de la Haute-Loire tome LXXXVIII) 

Lissac était, au XVIe siècle une des vingt-quatre villes closes du Bailliage du Velay. En 1025 le bourg appartient à la famille des Mercoeur d’Auvergne. L’église dépend du chapitre cathédral Notre-Dame du Puy, avant 1256, pour la collation et l’administration. Le titre de baron de Lissac fut de date immémoriale l’apanage annuel du chanoine ou Monsieur qui représentait le chapitre dans le parlement diocésain.
Place LissacNous savons, d’après le registre des délibérations du Chapitre Notre-Dame du Puy, que des réparations sont effectuées dans le chœur et à la sacristie en 1755.
En 1762, des réparations sont réalisées à la maison prieurale.
En 1808, une cloche est coulée sur place.

L’église « reconstruite à peu près tout entière à diverses époques et notamment en 1828, écrit Charles Rocher en 1876, révèle sa haute antiquité par les boiseries vermoulues, les naïves peintures byzantines du chœur, dont le caractère jure avec le badigeon malencontreux qui afflige les murailles, et aussi par son abside romane, ornée de ces têtes d’animaux fantastiques si chères aux artistes du moyen-âge. » Évoquant le clocher, « la portion la plus originale de l’édifice est cet étrange campanile qu’on prend de loin pour le donjon d’une place forte ? C’est une tour carrée, avec trois étages séparés à l’intérieur par des voûtes compactes. […] Au-dedans de la tour et sur la paroi verticale du chœur, on remarque des arcades semi-circulaires ou a plein cintre. Ces ogives dénotent sûrement une nef contemporaine des premiers âges, le vaisseau d’une chapelle primitive avec piliers, colonnes, travées et transept. Il est clair que l’église moderne remplace une chapelle seigneuriale […] ce qui s’explique moins c’est la tour massive, bizarre coupole élevée au-dessus de l’édifice plutôt par la guerre que par la religion. Nulle part on ne trouve un pareil clocher, et ce dôme excentrique, sans harmonie avec le surplus de l’œuvre qu’il couronne, reste une énigme architecturale, à moins d’en faire le débris d’un manoir disparu. »
Il reste cette description pour connaître cet édifice car, de l’église vue par C. Rocher, il ne reste rien aujourd’hui, on peut reprendre sa formule : « l’église a depuis été reconstruite à peu près tout entière ».

Cette reconstruction a été l’occasion de réaliser un plan de l’édifice avant travaux, plan de 1888, dressé par l’architecte départemental E. Riboud, qui nous permet d’avoir une vision de l’extérieur du bâtiment, de mieux comprendre la description de C. Rocher, en particulier du clocher.

L’année 1888 voit une intense activité de la part des bâtisseurs de Lissac, église et clocher vont être presque entièrement reconstruits et donner l’église que nous avons sous les yeux.

L’abside a été réduite, donnant une plus faible proportion au chœur dont la voûte en cul-de-four a été reconstruite, la nef a été agrandie d’une travée, ce qui a impliqué la reconstruction de la totalité de la façade ouest, avec le portail. Deux chapelles latérales ont été bâties dans la première travée, formant un transept et donnant à l’édifice une forme de croix latine avec des bras très courts ; le mauvais plafond a été remplacé par une voûte en berceau, ce qui a impliqué la création des renforts, à l’intérieur en créanPortail Lissact des arcs de soutien (en réalité surépaisseur des murs) et disparition d’une fenêtre au nord (deuxième travée). Les fenêtres sont ornées de vitraux portant le nom des donateurs. À l’extérieur, la construction de la chapelle nord a impliqué la modification de l’escalier d’accès au clocher avec un angle de quatre-vingt-dix degrés.

Le portail provient de la chapelle de la commanderie de Montredon, après avoir été mutilé.

Le financement a été assuré par un don de 10 000 F de Dom Louis Garnier, né à Lissac en 1804, religieux de la Grande Chartreuse, dont le nom figure encore aujourd’hui sur les bouteilles de la liqueur.

En 1890, la commune prend à sa charge la reconstruction du clocher. La partie basse n’est pas touchée par cette restructuration. Une flèche est édifiée. Les cloches sont au nombre de deux : l’une est datée de 1808, l’autre de 1506 (Bernard Sanial).

 

Les moulins de Lissac

La Borne sous Lissac

La Borne sous Lissac

Depuis toujours, Lissac et la Borne forment un couple inséparable. C’est à la limite des communes de Céaux d’Allègre et de Lissac que les deux Bornes se rejoignent : l’occidentale née dans les Bois Noirs de Sembadel et l’orientale qui prend sa source dans la commune de Félines, à Chamborne très précisément. Elles se réunissent pour former une rivière puissante qui, suivant un axe nord-ouest  sud-est, et sur près de cinq kilomètres, traverse la commune de Lissac.
Les moulins se sont développés à l’époque médiévale. Utilisant la force de l’eau, ils allaient remplacer le pilon ou la meule à main et contribuer à installer le pain comme base de l’alimentation du Vellave. Sur la Borne, rivière toujours alimentée en eau, les moulins ont tous utilisé la même technologie. En amont du moulin, la rivière est barrée par une digue qui reste submersible en cas de crue. Derrière la digue est creusé un canal d’amenée d’eau, un bief, appelé encore « béal ou bezal » en patois. Au départ, le bief est barré par une vanne devant laquelle se trouve un petit canal de dérivation avec une seconde vanne. Ce système de vannes au départ du bief permet de régler le débit de l’eau voire de fermer complètement l’alimentation en eau du moulin. La pente du bief creusé par la main de l’homme est beaucoup plus faible que celle du cours de la rivière ce qui, ajouté à la hauteur de la digue, permet d’obtenir la chute d’eau qui fera tourner le moulin. Plus le bief est long, plus la hauteur de la chute est élevée et plus le moulin est puissant. La chute fait tourner un rouet qui entraîne la meule. A la sortie du moulin, un canal de fuite permet à l’eau de rejoindre la rivière.
Lorsque le ruisseau utilisé a un débit faible ou de basses eaux, il n’est plus possible d’utiliser cette technologie au fil de l’eau. Le meunier creuse un canal d’amenée d’eau mais également un réservoir d’eau appelé chez nous une écluse. Quand l’écluse est pleine, le meunier fait tourner son moulin. Quand elle est vide, il se repose et attend qu’elle se remplisse.
Sur le cadastre napoléonien de 1811, six moulins sont recensés à Lissac dont quatre sur la Borne et deux sur la Gazelle.
Sur la Borne de l’amont vers l’aval, nous trouvons :
-          le moulin de Las Toumasse tenu par François Gaite dit Le Bègue
-          le moulin de Teyssier tenu par Jean Parrain, meunier à Teyssier
-          le moulin de Thory (prononcer tor-ye et non pas tori) tenu par Pierre Garnier dit l’Ardaillou demeurant à Connac
-          le moulin de Barnier tenu par Thomas Bonnet, meunier au moulin de Barnier.
Aujourd’hui, ces moulins, ou ce qu’il en reste, sont désignés par : le moulin du Bègue, le moulin de Parrain, le moulin de l’Ardaillou (ou de Thory) et le moulin de Barnier. On notera que pour désigner le nom d’un moulin, on utilise soit le nom du propriétaire (Parrain, Barnier) soit son surnom (L’Ardaillou, Le Bègue), soit encore le nom du lieu-dit (le pré de Thory).
Sur la Gazelle étaient implantés deux petits moulins à écluse : l’un sous le village de Freycenet tenu par Jacques Fileyre dit Monier, l’autre aux Garniers tenu par Pierre Garnier des Garniers.
J’ai trouvé dans les minutes de 1787 du notaire Guillaume Charbonnière de Saint-Paulien une affaire qui illustre bien la vie des meuniers et leurs ennuis à la veille de la révolution.
Dès le Moyen-Age, les seigneurs avaient proclamé que leurs vassaux étaient obligés de venir moudre leur grain chez eux dans les moulins banaux. Ce droit de banalité était pour le seigneur une source de revenu mais surtout de pouvoir. Un arrondissement de banalité existait encore à Saint-Paulien en 1787. Le moulin banal de Ceyssaguet, sur la Borne, (ce moulin sera transformé plus tard en usine électrique) appartenait au seigneur de la ville de Saint-Paulien, le duc de Polignac, et les habitants de Saint-Paulien avaient l’obligation d’y moudre leur grain. Or le meunier Jean Parrain du moulin de Teyssier venait régulièrement quêter du grain dans le bourg de Saint-Paulien, grain qu’il transformait en farine en son moulin . Mais un beau jour de 1787, Jean Bonnefoux de Bourbouilloux qui tenait à titre de rente du duc de Polignac les moulins banaux de la terre et baronnie de Saint-Paulien fit arrêter le nommé Jean Parrain qui s’apprêtait à livrer sa farine à Saint-Paulien. Les deux juments furent saisies et les sacs de farine qu’elles portaient confisqués. L’affaire se termina devant notaire -un mauvais arrangement valant déjà mieux qu’un bon procès- les deux juments furent rendues à Parrain qui promit de ne plus jamais revenir quêter du grain à Saint-Paulien et qui s’engagea à verser la somme de 72 livres à Bonnefoux.
Le droit de banalité sera supprimé 6 ans plus tard, le 17 juillet 1793 par la Convention.

 Aujourd’hui, tous nos moulins se sont tus. Louis Garnier, l’actuel propriétaire du moulin de Thory, se souvient que son père Lucien, dit l’Ardaillou, ancien maire de Lissac, a arrêté son moulin en 1962. Le moulin de l’Ardaillou, ou de Thory, comme on voudra l’appeler, est resté dans la famille Garnier depuis deux cents ans, le surnom aussi.

Roger Maurin

 

 

 

 

Foire de la Saint-Luc à Saint-Paulien

La foire de la Saint-Luc.

Le premier texte connu dans lequel il est fait mention de la foire de la Saint-Luc est un édit du roi Henri IV donné à Lyon le 22 septembre 1595. La ville du Puy, encore tenue par la Sainte Ligue, est rebelle au roi et ses habitants inquiètent quotidiennement ceux de Saint-Paulien qui, contrairement à ceux du Puy, lui sont toujours restés fidèles et loyaux. Saint-Paulien a, par deux fois, été prise et pillée par les armées catholiques du duc de Nemours. Pour récompenser ses sujets de Saint-Paulien et leur permettre de se rétablir, le roi institue deux foires l’an et un marché hebdomadaire en plus des deux foires déjà existantes. L’une de ces foires, établie de toute ancienneté en la ville de Saint-Paulien, se déroule le jour de la Saint-Luc.

C’est au Moyen-âge que se mettent en place les premières foires pour répondre à la nécessité de s’approvisionner en marchandises. La foire, du latin féria, c’est la fête, d’abord celle du saint, ici Luc l’évangéliste, mais aussi celle des habitants du lieu et il n’est pas rare, d’y trouver, outre des marchands, des spectacles itinérants animés par des saltimbanques et autres funambules, conteurs, bouffons, pitres, mimes… Même si les premières foires ont pu être autorisées par le seigneur du lieu, c’est au roi seul qu’il appartient d’octroyer et d’ordonner foires et marchés, ce qu’exprime bien l’édit du 22 septembre 1595 du roi Henri.

Nous ne disposons malheureusement pas de chroniques relatant la tenue de la foire de la Saint-Luc sous l’Ancien Régime. Nous connaissons cependant l’emplacement du champ de foire à la veille de la Révolution grâce à la vente des biens nationaux. Depuis le haut Moyen-âge, le seigneur de Saint-Paulien est le vicomte de Polignac. En 1789, il possède à Saint-Paulien 165 cartonnées (environ 13,5 hectares) de terres situées entre le village et le ruisseau de Bourbouilloux au lieudit La Prade. En vue de leur vente, un inventaire détaillé des biens est établi le 5 nivôse an II (25 décembre 1793) et un plan est dressé. C’est grâce à ce plan que nous savons que les foires de Saint-Paulien se déroulaient à l’actuel emplacement des maisons Berthold, Mosnier, Bourrat et Philippon, avenue de la Rochelambert. Les biens de l’émigré Polignac furent vendus à des particuliers les 15 et 16 germinal an II (4 et 5 avril 1794) et il semble bien que la servitude qui frappait ces parcelles n’ait pas survécu à cette vente.

Par contre, la tradition de la foire de la Saint-Luc, elle, a survécu ; et après environ 600 ans d’existence, elle est venue jusqu’à nous.

Grâce à une interview de Monsieur et Madame Paul Séjalon réalisée il y a une dizaine d’années, nous disposons d’informations assez précises sur le déroulement de la foire dans les années 30.

La foire avait toujours lieu le jour de la fête du saint, c’est-à-dire le 18 octobre. C’était, pour tous les habitants des environs, l’occasion de faire des provisions pour l’hiver. Même si l’on désignait cette manifestation par la foire des noix, on y trouvait de tout, des noix bien sûr mais aussi tous les autres fruits et légumes de l’automne : châtaignes, pommes, poires, coings, courges, pommes de terre, carottes, poireaux, choux, ails, oignons, etc.

Les bancs, c’est-à-dire les étalages, étaient tenus par des producteurs locaux ou par des forains qui allaient de foire en foire pour satisfaire à la demande. Des marchands proposaient divers objets bien utiles dans nos campagnes : brouettes, balais, baquets en bois, seilles, caisses de lavandière, battoirs, planches à laver, barattes, moules à beurre, etc. Paul Séjalon se plaisait à répéter : «  on y trouvait de tout, de tout. »

Les paysans des environs allaient couper du bois à Courant et ils le proposaient à la vente sur des chars à deux roues. Le jour de la Saint-Luc, Il y avait une double rangée de chars de bois depuis la place de l’église jusqu’à la sortie de la ville en direction de Saint-Geneys. Les clients jaugeaient le chargement et en marchandaient le prix. Des petits malins disposaient parfois au centre de la carriole des billes de bois toutes tordues, ce qui avait pour effet d’augmenter le volume apparent de la charretée mais malheureusement pas la quantité de bois. Aucun moyen de détecter la tromperie sauf à retenir, par celui qui s’y faisait prendre, le nom du vendeur et à en tenir compte l’année suivante.

La foire de la Saint-Luc était également un jour de fête ; il y avait des manèges sur la place et aussi des bals. On dansait en de nombreux endroits dans le bourg au son d’un simple accordéon, au premier étage chez Rousset (en face le Crédit agricole), chez le Béchoux , c’est-à-dire chez Gayte, l’actuel Hôtel des Voyageurs, chez Garnier bien sûr.

La guerre venue, il n’y avait plus rien à vendre, c’était les restrictions. Une grande partie de la production agricole était prélevée pour nourrir les armées nazies. Il n’y eut plus de foires de la Saint-Luc, et pendant cinq ans, il n’y eut plus ni bals ni manèges.

Après la guerre, d’après les journaux de l’époque, c’est seulement à partir de 1951 que s’amorça une timide reprise à l’initiative du syndicat d’initiative et de la mairie. En fait, il s’agit plutôt de gros marchés que de foires. Les journaux rendent compte du prix des transactions animales et des différentes races présentées sur le marché : Aubrac, Salers, Montbéliardes. Toutefois, en 1954, un groupe folklorique anime les rues de la ville par la reconstitution d’un cortège de noce et la jeunesse va danser pendant deux jours chez Gibert.

La première grande manifestation d’après guerre aura lieu le 18 octobre 1955, à l’initiative de Pierre Oulhion, maire, et d’Albert Trescartes, président du syndicat d’Initiative. En fait, plutôt qu’une foire, c’est un important concours agricole qui se déroule à Saint-Paulien et qui démontre les progrès réalisés par les éleveurs du canton. On remarque un jeune et fringant vétérinaire, Joseph Berthold, qui fait partie du jury du concours, concours très complet avec un palmarès bien fourni. On y relève les races Aubrac, Tarentaise, Salers, des taureaux de race limousine et charolaise ; l’espèce ovine est présente avec le Bizet et la noire du Velay ; animaux de basse-cour, porcs et porcelets concourent également. Le Préfet de la Haute-Loire, Monsieur Rouliès, est salué à son arrivée par les clairons de la « Jeanne d’Arc »

Désormais, la foire prendra l’allure d’un concours agricole plutôt que d’une foire proprement dite, ce qui n’était pas le cas dans l’entre-deux guerres où foire de la Saint-Luc et concours agricole étaient complètement distincts et avaient lieu à des dates différentes, le concours en septembre, la foire en octobre.

C’est en 1998 qu’eut lieu le dernier grand événement lié à la Saint-Luc à l’occasion d’une exposition-concours de bovins allaitants, manifestation honorée par la visite du Préfet, Monsieur Pomel.

Roger Maurin